Je l'ai appelé. J'ai osé, plutôt que de lui envoyer une lettre. J'ai pu poser des
questions et avoir un début de réponse. Sauf qu'à la question " pourquoi" la seule réponse que j'ai eu a été " le psychiatre m'a dit que c'était une tare, que j'étais
taré" . Est-ce vrai ? Je doute qu'un psychiatre puisse lui faire une telle réponse.
J'ai pu entendre et savoir de sa bouche QUI l'a violé lorsqu'il était enfant. Ce n'était pas un membre de la famille. Ouf. C'était un voisin. Ainsi nous sortons de la totale répétition. Il y
a bien répétition des viols, mais pas à l'intérieur de la famille uniquement.
Il voulait mon pardon. Il voulait à tout prix mon pardon. Je lui ai dit qu'il ne l'avait pas, et qu'il ne l'aurait jamais. Il ma même demandé si je voulais qu'il se supprime. Un instant la question
a fait le tour dans ma tête... j'ai failli lui dire.... et puis je lui ai dit non. QUe ce que je voulais, c'étit qu'il réponde à mes questions.
Et puis le plus important, le plus grand, le plus beau, ça a été ses excuses. " Pardon. Mille fois pardon. Je suis prêt à faire n'importe quoi pour toi".
Depuis ce moment je ne suis plus tout à fait la même. Il s'est reconnu coupable. Il a admis. Il a avoué. Il n'ira pas en têle, non. Mais je sais maintenant qu'il vit l'enfer chaque jour. L'enfer de
l'enfant violé qu'il a été, et l'enfer de la culpabilité. J'ai pitié de lui. Il est un monstre, mais il est humain. Un homme qui n'avait aucunes excuses, mais un homme qui a su également se montrer
bon.
J'ai de la peine, une peine immense, un infini regret, de tout ce bonheur qu'il a gâché, cette joie qui aurait pu baigner notre relation.
Je ne lui pardonne pas. Mais je vois en lui un être humain et plus seulement un monstre.
c'est avec beaucoup de bonheur que je viens ici vous apprendre que mon fils est en
rémission, qu'après une année de bataille il est enfin sorti d'affaire. Il a repris après un an d'absence le chemin de l'école, ses cheveux ont repoussés. C'est un grand bonheur pour notre famille.
Nous nous en sortons plus soudés que jamais, car nous avons traversés ensemble de terribles épreuves telle les grandes souffrances que notre fils a enduré avec courage. Tout cela est maintenant
derrière nous.
La routine va reprendre, je vais retourner à mes cours de violoncelle, je vais lui faire faire ses devoirs le soir avec bonheur, un grand bonheur, parce qu'il sera là, à coté de moi, et que tous
n'ont pas cette chance
Mèche à mèche tu t'effeuilles, et je ne compte plus l'amour que j'ai pour toi.
Passionnement ? A la folie ? Ton petit visage est en automne. Une caresse sur ta tête emporte tes cheveux comme s'ils n'avaient jamais été que simplement posés sur ton crâne.
Ta peau nouvellement découverte est blanche, douce, fragile. La courbe de ta tête est belle, cernant ton regard glissant et fatigué.
Assis au fond d'un fauteuil, d'une main tu lis, de l'autre tu retires par touffes ce qu'il te reste de cheveux.
Mon fils je t'aime, et l'esquisse de ton visage est encore plus belle dans sa nudité.
Je perds les cheveux de mon fils. Enfin pas encore, pas en vrai. D'ici une semaine il va les perdre. Et depuis
un mois, je ressens cette perte et ce vide sur mon crane.
La peur qu'il a, je l'ai dans mon ventre, j'ai mal au ventre de lui. Le cancer qu'il porte je le ressens. Mon angoisse et ma culpabilité peut être le traversent.
Je me dois de me séparer de lui. Je le lui dois, aussi. Que ses douleurs soient sienne, que mes doutes restent miens. c'est beaucoup exiger d'une mère, mais justement une mère doit garder sa place
de maman et non se confondre avec les générations passées ou futures. L'ordre des générationsa pourtant été bien bousculé dans ma famille. Et cette maladie vient enfoncer le clou.
PS : aujourd'hui 8 novembre, mon fils commence à perdre ses cheveux, brusquement et en grande quantité.
Le mot "cancer" tourne et tourne dans ma tête et détourne mon attention au quotidien. J'ai chaque minute l'envie
de sortir de ce cauchemard. Mais il n'y a que deux issues : la longue et difficile bataille pour la guérison, ou bien la mort. Et ce n'est pas à l'enfant de faire ce choix. On ne peut que désirer
la vie pour son enfant. quelle est cette tâche en lui, qui lui fait du mal ? Ce mot "cancer", que j'arrive à écrire mais pas encore à dire.
Je n'arrive pas encore à digerer les longues journées inquiètes et immobiles à lh'opital. Les têtes lisses et brillantes des enfants, les appareillages de chimio, la gentillesse des aides
soignantes, les bons repas servis aux enfants. Tant de choses faites pour ces enfants. c'est donc si grave cettte maladie ? Oui. Et je ne me sens pas suffisemment armée pour l'affronter sans
faillir. J'ai toujours mal au pied, mes déplacements sont limités. J'ai toujours la tête fragile. Je connais mes fragilités mais je ne sais pas comment je vais les dépasser ou les mettre de coté
afin d'être solide pour mon enfant.
Mes yeux se ferment, je me sens très fatiguée. A l'hopital, la lumière est forte et crue, le bruit constant, les gens sont toujours en mouvement, les pieds claquent par terre.
Doucement rentrer dans les mots, dans les deux dimensions de l'écriture tandisque ma sensibilité va rentrer dans
mes jouleurs. Je vais aller y chercher des couleurs et les explique ceur ce cahier. L'écriture est un exercice qui m'est difficile. Il me faut rentrer dans une sorte de transe, puis laisser les
images venir à mon cerveau, enfin les décrire. Je n'écris pas, je décris, voire crie.
Un serpent d'angoisse est depuis longtemps lové dans son ventre. Une boule d'anxiété loge depuis longtemps dans sa gorge. ces sentations sont maintenant matérielles ; une boule au creux de ses
tripes, un corps sombre, comme un frère jumeau inféré, un frère ennemi à abattre.
Il y a deux combats à mener. L'un physique, l'autre spirituel. On en sortira grandit, et lui en sortira vivant.
Il n'y a plus rien de sérieux. Plus rien excepté mon fils ainé et mon fils cadet, mes deux enfants. Tout
s'efface devant eux. Ils avancent dans l'avenir d'un pas sûr, brûlant l'air autour. La maladie est là. Et malgré le cancer de l'ainé, ils brûlent de vie.
Leur énergie me tire, me met en transe, me porte. L'incandescence c'est la maladie et la vie ensemble. L'incandescence maintenant éclairera et donnera un sens à chacun de nos actes, chaque chose
sera diaprée.
Les personnes deviennent des satellites en orbite autour de mon enfant malade, leur face noire et leur face lumineuse ensemble pour nous donner la force de ne pas succomber
d'angoisse.
A chaque fois que je tente d'écarder le rideau de fumée qui me sépare de
l'existence, j'ai l'impression de me prendre un mur dans la figure. Chaque fois que je me prends le meur, c'est trop douloureux alors je me retire derrière le rideau de fumée en me disant que je
cauchemarde et que je vais me reveiller.
Ca fait une heure que je me prends le mur chaque minute qui passe. Depuis une heure je suis seule et je peux enfin baisser ma garde devant le diagnostic posé sur mon fils : tumeur à la vessie. Il a
sept ans.
Si je reste face au mur, à contempler l'avenir de mon fils, je sens tout l'intérieur de mon corps se transformer en sable et tomber sur le sol. Un souffle d'air pourrait m'éparpiller. Aussitôt, par
peur, je plisse les yeux pour que revienne la brume et que le mur s'estompe.
Je n'ai pas encore le courage de me laisser envahir par la douleur, parce que je sais que l'intensité que je pourrai ressentir sera moindre que ce que mon fils ressentira.
Mon coeur se serre déjà à l'idée qu'il va avoir mal à la suite de cette première intervention, le 13 octobre prochain.
Doucement je glisse vers quelque chose que j'ignore, vers quelque chose qui me fait peur.
Il manque quelque chose entre moi et ma mère.
Prise de conscience lente, au jour le jour.
Me voilà à devoir chaque jour gober les cachets, chaque prise me rappelle celle que je suis devenue, ce que je suis. Atteinte de quelque chose qui affecte mes pensées, mes émotions, mes gestes.
QUelque chose qui me fait peur. Quelque chose qui m'angoisse. C'est un jeu de piste qui j'ai suivi pour en arriver là, un chemin qui apprend, qui perd, comme le cheminement d'Alice, dans son pays
de mère-veille.
L'acceptation est la seule issue pour moi. Je dois me soigner correctement, dépendante des drogues qui me maintiennent à flot. Prisonnière des drogues qui m'amputent de ma créativité. Accepter de
ne plus dessiner, de rester sêche, le stylo dans la main, inutile.
Je le vois haletant, transpirant, mort de peur. et il avait de quoi avoir peur :
il était mort, mais il avait mal. Nous allions lui faire encore plus mal, en lui mettant de la graisse sur ses moignons. Pauvre homme, pauvre boeuf, pauvre être. Vivant, il ne l'était plus, il ne
voulait pas nous croire. Il ne voulait pas nous laisser faire. Il le fallait pourtant. Il était déjà mort, c'était irrémédiable. On ne pouvait pas le ramener à la vie.
Qui pourrait être cet homme-boeuf ?
Si c'était mon grand père. Il serait emmasculé. Il serait celui que je veux pousser dans la tombre, avec pour dédouannement les rituels de mort. Il serait un être pauvre, fragile, qui n'a plus le
pouvoir. Le pouvoir serait entre les mains des femmes qui pourraient faire de lui ce qu'elles souhaitent et qui pourraient avoir la capacité et le besoin de lui faire du mal. Si cet homme-boeuf
était mon grand père, nous serions celles qui veulent le mettre dans la tombe.
Si j'étais cet homme-animal. Je serais terrifiée à l'idée d'avoir les membres coupés, je serais dans une douleur immense, je serais dans le refus total de la mort. Je ne suis pas encore morte
puisque je pense et que je ressens. Et ces trois femmes plein de violente gentillesse me tournent autour et me détournent, afin de m'administrer le rituel. Après ce rituel je serai bonne à
enterrer. Les trois femmes veulent donc me tuer. Elles vont aussi me faire mal. A quoi ça rime ? Ne pourraient-elles pas me laisser en paix ?
cette mort serait-elle symbolique ? la petite mort que mon grand père m'a infligé ?
Ces jambes amputées sont elles en lien avec ma jambe douloureuse ?
Si cet homme-boeuf était mon père : je ne peux l'imaginer. Mon père n'est pas un boeuf.
Si cet homme-boeuf était mon mari : idem.
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