les lieux

Mercredi 10 septembre 2008



Lorsque l'angoisse, comme la marée, se retire, je m'étire comme un chat, je suis bien.

Même davantage : je suis lisse et lourde et entière comme un caillou. Je sêche au soleil et me chauffe.

Le froid vibrant m'a quitté. Je peux bouger sans peur.



Ou presque.


Elle pourrait revenir.
Je ne pourrai pas endiguer ce flot
Je me ferai alors immobile et recroquevillée.

Non, je suis bien.




                                                    Odilon Redon : Baigneuse
Par Nuese
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Mardi 9 septembre 2008


Voilà que ça recommence. L'angoisse m'etreind et me paralyse. Là, je ne peux plus rien faire. Je tente d'écrire. O temps, suspend ton vol... des minutes s'écoulent, vides, entre chaque phrase.

Bouger me fait mal. Rester immobile augmente l'angoisse. Je n'ai pas le droit de prendre d'anxiolitique, je suis sevrée. J'ai un traitement plus adapté sensé calmer toutes mes angoisses.

Elles prennent la forme d'un gros fruit rond et orange. Cette image envahit tout mon cerveau. Dans cette ville du sud, nous mangions des melons tout l'été. J'aimais ça. J'ai toujours aimé manger. En échange de faveurs sexuelles il m'offrait des saveurs. Des desserts surtout. Mon grand père avait été patissier.

Je suis dans l'angoisse. Ou alors l'angoisse est en moi, je ne sais pas. Mon coeur s'emballe et semble se décrocher.
Je dois faire des efforts pour respirer.

J'ai tant sommeil, je voudrais dormir... Impossible, tant que je n'aurais pas circonscrit cette douleur pour la rendre aussi petite qu'une tête d'épingle.

Mais pour l'instant, elle me dépasse.



Par Nuese
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Samedi 6 septembre 2008


                                           Dali : la persistance de la mémoire


Si j'ai une horloge dans ma tête qui me permet à tout moment de savoir l'heure, je suis constamment dans un présent qui s'étire à l'infini.
Si je me sens triste, j'ai une impression de permanence de la tristesse. Si une heure plus tard je suis gaie, je croirai alors que la vie n'est que bonheur. Je vie dans un temps immobile, sans l'heure fice et passante du coucou suisse, sans le balancement du pendule de l'horloge/meuble qu'avaient les bourgeois.
Intellectuellement je sais que demain sera un autre jour, meilleur ou moins bon. Mais mes sentations ne connaissent que l'instant présent. Je ne sais plus faire autrement.

Ca devient handicapant lorsqu'il faut rester terre à terre, dans les normes sociales du temps, pour déposer un dossier, rendre un document, pour bénéficier d'aides.

Lorsque je suis perdue dans le temps, j'ai trouvé un moyen de ne plus être dans l'immobilisme, dans l'angoisse du vide.

Je crée du mouvement avec de la nourriture, tout simplement. Je mange sucré, gras, beaucoup j'avale. Ca peut me prendre n'importe quand. Je me réfrène et je triche lorsque la famille est là. Sinon, je me laisse aller.

La bouffe me sort de mon immobilisme créé par l'angoisse. Ca rentre dans la bouche, j'avale, j'en rement, j'avale... je me remplis. Et puis quand je me sens lourde arrive la culpabilité, j'ai trop honte de moi. ALors je me fais vomir.

Ainsi il y a une mise en mouvement de mon corps. Ca entre, ça sort.
Victime d'inceste, difficile de le vivre bien et de ne pas culpabiliser quand "ça entre", "ça sort", "ça entre" ......
Par Nuese
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Dimanche 31 août 2008

Image : Joan Miro constellation the morning star - 1940


Concerto pour clavecin en ré mineur. Bach - Café Zimmermann.

L'extase.

Le temps et l'âge font un excellent travail : me rendre plus réceptive à la musique. A chaque jour une découverte. Aujourd'hui j'expérimente le goût de la musique. Comme un bon vin ou un plat. Le son peut être acide, piquant, rond, léger, lourd, fade, frais, fin, sucré, rapeux, de texture épaise, fine, fondante.

Pour ma part, le plat est meilleur quand j'entends les convives sentir le plat, puis le mâcher, l'avaler, entendre pousser la dernière respiration à l'issue du repas. Dans la musique, j'aime entendre tout contre le micro, outre la musique, le bruit des doigts sur la touche, et surtout la respiration du musicien. Son souffle fait partie intégrante de la musique. Une musique pas pour les enfants tant elle dit des choses que ne doivent pas connaitre la jeunesse avant d'entrer en adolescence.

Je ne créee plus rien aujourd'hui. Mais cette richesse de perception, qui donne du sens à chaque journée passée, c'est ma bouée de sauvetage. Mon monde s'écroule. Mais si mon oreille peut entendre quelques mesures divines, alors la journée n'aura pas été vaine.

Les yeux fermés, immergés dans la musique, je suis bien incapable de dire où je suis.
Assise les yeux fermés, écoutant, je change de lieu et il me faut faire un gros effort pour réaliser où je suis, avec qui j'y suis. Peut etre grâce à un effet hyptnotique intrinseque au morceau.
Par Nuese
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Lundi 25 août 2008
le 24 aout 2008

Je réalise ce soir une chose que je savais mais ne voulais pas m'avouer : je ne sais plus fonctionner sans mes souvenirs glauques, sans appitoiement sur mon nombril. Ou alorsje suis dans deux autres alternatives : la bouffe parce que j'ai toujours faim, ou l'absence aux gens qui m'entourent. Je me mets en retrait de la vie pour que rien ne m'atteigne. Les bruits, les paroles, les odeurs, les gestes me font parfois peur et mal.

J'ai de plus en plus de mal à écouter, que ce soit mon homme,la radio, une émission sur l'ordinateur...rien. Un verre opaque et sourd se met entre le monde et moi. Et pendant que je ne perçois plus le monde, je perçois trop mon corps. Dieu que ma peau me gratte !
Des pieds à la tête
Par Nuese
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Samedi 23 août 2008
Un cri vibrant mais sourd vient sans cesse me cogner les parois. Un cri qui roule, rebondit et me heurte sans cesse. J'en ai mal à la peau.
 

Ma peau, ce lieu où je suis, est trop sensible. Le soleil est picotement, le toucher est brûlure, l'air est irritant. Ce n'est pas une image, une vue de l'esprit. J'ai vraiment physiquement mal à la peau. Et aucun autre choix que de l'habiter. Y rester, avec mon cri à l'intérieur qui se bringuebale sans arrêt. A chaque moment de la journée il vient me heurter le cerveau. Quand ce n'est pas le cerveau, c'est la jambe qui ne me porte plus, ou la peau qui brûle.

C'est aussi ça, l'inceste. Abimer la peau, l'user jusqu'à l'écorchement vif.
Par Nuese
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Samedi 12 juillet 2008
Voilà 10 ans que je suis sortie du déni.

Il y a 10 ans j'ai éprouvé  l'effroi. Le vrai, le pur : celui d'avoir commis l'Interdit, avec "le" grand père. Enfin commis... j'ai été commis d'office, par lui faite sa maîtresse. A quel âge ? Je ne sais toujours pas trop. Les limites, je ne les connaissais pas. Alors aujourd'hui, trouver la limite de "l'avant" et de "l'après" m'est impossible.


Je ne sais pas trop ce que je veux faire de ce blog.
Je sais que je ne veux pas en faire un énième plagiat décrivant les conséquences, les causes, les définitions... Je mettrai les liens qui conviendront, afin que mes éventuels lecteurs puissent s'informer.

Je voudrais en faire une sorte de topologie intérieure, afin que les lecteurs puissent appréhender l'univers intérieur d'une victime. Sortir du fait divers, du sensationnel, du lacrymal.

Je voudrais aussi faire comprendre si je le peux, de quelle manière l'on devient victime. Non pas pourquoi, parce qu'il n'y a pas de pourquoi, mais comment.

... Il me semble prendre ici des engagements que je ne suis pas sûre de pouvoir tenir. Nous verrons bien. L'intention est un premier pas sans lequel il n'y aurait rien. Et face à l'inceste il faut opposer de la résistance. Il faut progresser dans la levée du secret.


Par Nuese
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